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Les fonds souverains
Seront-ils Calife à la place du Calife ?
16/10/2008
Rien ne leur fait peur et ils ont un appétit à la hauteur de leurs gigantesques moyens : ce sont les « fonds souverains », contraction de « fonds d’Etats souverains », leur nom officiel. Ce sont des fonds de placements financiers détenus par les Etats.
Ils gèrent l’épargne nationale et l’investissent dans des produits variés (actions, obligations, immobilier…). Ces investisseurs publics d’un nouveau genre font trembler certaines des plus grandes entreprises mondiales aujourd’hui affaiblies par la crise américaine du crédit. Ils disposent d’un trésor de guerre évalué à 3400 milliards d’euros, une cagnotte équivalente à 8% de la capitalisation boursière mondiale (la valorisation de toutes les sociétés cotée à leur cours de bourse) !
Ils sont une quarantaine, originaires d’Arabie saoudite, des Émirats arabes, du Koweït, mais aussi de Chine, de Singapour, de Norvège ou même du Canada. Tous ces pays ont en commun d’engranger d’énormes profits pétroliers, ou d’avoir d’importants excédents commerciaux, qu’ils souhaitent faire fructifier à travers leurs fonds souverains, dans un soucis de protection et de valorisation de leur richesse nationale.
Acheter, comme le fait notamment la Chine, des bons du Trésor américains rémunérés à 4 ou 5% ne leur suffit pas : mieux vaut miser sur des actions potentiellement plus rémunératrices. Ils font leur shopping de préférence aux États-Unis, mais aussi en Europe. Les entreprises, en quête de capitaux pour surmonter une mauvaise passe, ne se font pas prier. Bien au contraire, elles déroulent le tapis rouge.
Ces derniers mois, ces fonds ont ainsi recapitalisé (c’est-à-dire qu’ils ont permis l’augmentation de capital d’entreprises qui en manquaient) au pied levé City Group, première banque commerciale américaine, le géant suisse UBS et deux des plus importantes banques d’investissement américaines, Morgan Stanley et Merrill Lynch.
Alors tout va pour le mieux dans le meilleur du monde de la finance internationale ? Pas vraiment. Les ministres des finances des sept pays les plus industrialisés (G7 : États-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Italie et Royaume-Uni) ont récemment demandé davantage de transparence dans le fonctionnement des fonds souverains, particulièrement critiqués en Allemagne. Cette dernière a d’ailleurs adopté fin août 2008 une nouvelle loi sur le commerce extérieur qui devrait entrer en vigueur début 2009 : le gouvernement allemand pourra interdire un investissement étranger (hors Union Européenne) supérieur à 25% dans une entreprise relevant « de la sécurité et de l’ordre public ».
Les fonds souverains se font aujourd’hui plus discrets alors que la tempête gronde au dessus de la sphère financière. Echaudés par les faillites en cascade provoquées par la crise des subprimes, ils se tourneraient désormais vers Hollywood, les terres agricoles d’Afrique ou les clubs de foot.
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